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6 questions à Cyril Degrilart, président du Club des jeunes experts-comptables d’Ile-de-France

6 questions à Cyril Degrilart, président du Club des jeunes experts-comptables d’Ile-de-France

Cyril Degrilart est expert-comptable, président de la section Ile-de-France du Club des jeunes experts-comptables et commissaires aux comptes, enseignant à l’ENOES, fondateur du cabinet DEGRILART, et co-auteur du livre « Réussir son diplôme d’expertise comptable » (éd. Studyrama).

 

1 – Avec le numérique, les métiers de l’expertise comptable connaissent de profonds bouleversements. Comment les experts-comptables les vivent-ils ?

 

Pour répondre à cette question, nous constatons aujourd’hui qu’un expert-comptable sur deux considère que les processus de tenue comptable vivent effectivement un réel bouleversement. Un tiers supplémentaire partage cet avis mais émet quelques doutes sur le prix à payer pour bénéficier de ces changements.

 

Parmi ces changements, il me semble personnellement que l’on peut identifier de grandes opportunités.
Autrefois, les experts-comptables concentraient 100% de leurs efforts sur la cohérence et la vraisemblance des informations comptables de l’année « N-1 ».

 

Aujourd’hui, nous vivons à l’ère de l’immédiateté, avec les avantages que cela implique pour le professionnel du chiffre et son client :

 

– L’expert-comptable reçoit des documents numériques, voire des flux numériques, ce qui lui fait gagner du temps sur des tâches à faible valeur ajoutée, telles que la saisie d’information, le scan de documents, ou encore la relance de pièces comptables.

 

– Le client bénéficie d’un accès 24h/24 à ses documents et informations comptables dans un espace sécurisé. Il peut avoir accès également à des informations qualifiées en temps réel sur des indicateurs simples (trésorerie, en-cours clients…) pour piloter son activité.

 

Tout cela impose aux deux parties une certaine appétence aux flux d’information numériques. Néanmoins, les avantages obtenus sont tellement considérables qu’il semble désormais contre-productif de s’en priver.

 

2 – Par rapport à ces nombreux changements, quelle est votre posture d’enseignant à l’Enoes ?

 

Entre autres responsabilités, j’ai effectivement la chance d’intervenir à l’ENOES dans deux domaines : en tant qu’enseignant en DSCG sur l’épreuve de Management des systèmes d’information, et en tant que coach mémoire pour le Diplôme d’Expertise Comptable (DEC).
Concernant le mémoire, ces travaux de recherche me permettent de voir comment les étudiants s’appliquent à réinventer nos métiers, au fil des années. Les thèmes de recherche évoluent résolument vers les prestations de conseils spécifiques. Les méthodes de travail changent également : obtention qualitative des données et des informations, méthodologie d’audit orientée sur la sécurité des flux informatiques…

 

Plus généralement, en tant qu’enseignant-coach, je considère qu’il est de mon devoir de transmettre un message fort : il ne faut pas avoir peur du numérique – et au contraire s’en saisir ! Je les encourage en particulier à exploiter les outils de communication, et notamment les réseaux sociaux professionnels : grâce à ces outils, ils peuvent entrer en contact avec de « vraies personnes » dont l’expertise est intéressante pour leur avenir. L’objectif est ainsi de les amener à faire un mémoire de recherche en s’ouvrant sur le monde, plutôt qu’en travaillant seul, sur la base de documents téléchargés.

 

De ce point de vue, l’apport humain du numérique et des réseaux sociaux est considérable. Le fait de sortir ainsi de sa zone de confort, d’oser chercher et capter des expertises, fait que le mémorialiste gagne en pertinence et en confiance.

 

Les étudiants en DCG et en DSCG à l’ENOES débattent avec Cyril Degrilart autour de :
« L’Expert-comptable à l’assaut des nouvelles technologies ? »

 

3 – Avec l’arrivée de l’Intelligence Artificielle, comment voyez-vous l’avenir des professions comptables ?

 

La profession comptable est certainement vouée à un très grand avenir ! Grâce au numérique, le meilleur reste à venir, avec des capacités de conseils et de valeur ajoutée décuplée. Est-il nécessaire aujourd’hui de préciser que le choix d’outils adéquats n’est qu’une petite partie de la transition numérique ? Cette révolution consiste notamment à inventer un nouveau mode de travail, à transformer les procédures existantes et, surtout, à conduire les êtres humains au changement.

 

Ces procédures regroupent des modes de fonctionnement, mais aussi des contrôles à mettre en place. Et il faut souligner d’emblée que ces contrôles devront être faits en partie par des humains ! D’un point de vue managérial, la transformation numérique introduit une forte automatisation. Plus on automatise, plus il est nécessaire de mettre en place des contrôles… et plus il y a de contrôles, plus les êtres humains sont nécessaires.

 

De plus, le numérique augmente considérablement les capacités de traitement et de conseil des experts-comptables. C’est pourquoi, dans nos métiers, j’ai tendance à parler d’une « intelligence augmentée », plutôt que d’une intelligence artificielle. Cette dernière est trop souvent présentée ou ressentie comme ayant vocation à remplacer l’humain, à le disqualifier.

 

Pour donner un exemple de cette « intelligence augmentée », je dirais que les outils mobiles actuels nous rendent désormais capables de trouver presque instantanément tout type d’information, à toute heure et depuis n’importe quel lieu. Cette activité pouvait autrefois demander beaucoup de temps, sans toujours avoir de garantie de pertinence.

 

4 – Quels sont vos constats, au contact des membres du Club des jeunes experts-comptables de Paris ?

 

Les jeunes experts-comptables ont bien compris qu’ils n’échappent pas à cette règle : pour faire face à l’ampleur de la transformation numérique, mieux vaut être accompagné par des spécialistes et des coaches dans le domaine. Nous constatons aussi, au Club, que ces jeunes professionnels aiment vraiment partager leurs bonnes pratiques, en matière d’outils numériques et de méthodes d’organisation. Pour eux comme pour moi, le constat est clair : plus on automatise, plus on a besoin des rapports humains !

 

Cyril Degrilart

 

5 – Voyez-vous quelques risques ou limitations dans le cadre de la transformation numérique des entreprises françaises ?

 

Aujourd’hui, l’expert-comptable reçoit des documents dématérialisés, c’est-à-dire des flux d’informations : très rapides à traiter, ils permettent d’accorder plus de temps et d’expertise à un client. Mais il faut aussi pointer un manque à ce sujet – au niveau des PME – lesquelles utilisent souvent les outils numériques sans avoir pleinement conscience des conséquences en terme de cyber-sécurité.

 

En particulier, les PME ne réalisent pas toujours les conséquences de leur choix d’outils, souvent gratuits (messagerie, hébergement cloud, moteurs de recherche…). Or, beaucoup présentent des risques en termes de confidentialité et de sécurité informatique… De ce point de vue, il y a donc plutôt un excès de confiance dans les outils numériques. Attention, le nouveau règlement européen sur la protection des données personnelles (GDPR) va impacter les entreprises dès 2018 ! Il faut donc s’y préparer très activement… et conseiller nos clients à ce sujet.

 

6 – Avec le numérique, les experts-comptables ont-ils de nouvelles missions ?

 

Depuis la nuit des temps, l’expert-comptable se définit comme le garant de l’information financière de ses clients. Il a toujours eu cette immense responsabilité pour les entreprises, et a toujours utilisé des supports pour les stocker et les protéger – de la tablette d’argile aux outils numériques.
Finalement, peu importe le support, sa responsabilité reste la même ! C’est sur ses conseils et ses recommandations que reposent le pilotage des entreprises et la qualité des données financières. J’ai confiance dans mon métier pour générer de plus en plus de missions à haute valeur ajoutée sur ces sujets numériques.

 

Autre constat édifiant : rappelons que près des 2/3 des PME ferment après 3 ans d’activité. L’expert-comptable, de par son devoir d’information et de conseil, renforce le tissu économique national. Son premier rôle est de permettre à l’entrepreneur de ne pas consacrer plus de 10 % de son temps de travail à des travaux comptables et administratifs !

 

Entre jeunes confrères, nous sommes unanimement en phase sur ce point : le temps gagné en saisie permet de consacrer davantage de temps aux conseils et aux contrôles qualitatifs. Cette sécurisation de l’activité et des données reste plus que jamais notre raison d’être !

 

Christophe Castro pour Cegid Education